Interview d’Alexandra Boutelier (Stade de France) et de Fabien « Neo » Devide (Team Vitality)

  


A l’occasion de la conférence de presse au Stade de France, relative à l’intronisation de la Team Vitality en tant qu’équipe résidente, nous avons pu interroger Alexandra Boutelier, Directeur général du Stade de France, et Fabien « Neo » Devide, Co-Fondateur et CEO de la Team Vitality.



Alexandra Boutelier – Directeur Général du Stade de France

Pourquoi un stade comme le Stade de France s’est-il intéressé au domaine de l’esport ?


Alexandra Boutelier : Notre problématique stratégique permanente c’est de savoir comment va évoluer le modèle économique de ces enceintes absolument gigantesques. Les enceintes de clubs résidents si vous voulez, c’est à peu près 60 000 places. 80 000 places, il n’y a pas de club résident sportif. On l’a vécu, on comprend pourquoi, et donc, vous avez, dans ces grandes enceintes, des modèles économiques très particuliers où vous avez l’équipe nationale de football, de rugby, vous avez des grands concerts et, après, quels sont les relais de croissance. Et il nous apparaît que l’esport est un relai de croissance absolument majeur et à relativement court terme. Sur ces 3 pieds d’activité qui perdureront, que sont le rugby, le football et les concerts, l’esport va trouver très naturellement sa place. Il va être une partie constitutive de la vie de ces infrastructures et va donner une partie matérielle à cette activité immatérielle, pour aider, au développement du modèle économique.



Nous avons vu que vous vous étiez rapproché d’une agence marketing spécialisée dans l’esport pour vous accompagner. Comment vous ont-ils guidé au travers de cet apprentissage ?


A. B. : Vous savez, tout ça se fait de manière très informelle et vous avez un concept anglais qui s’appelle le « sounding board ». Ça veut dire que quel que soit votre niveau d’intelligence, de maturité, vous n’arrivez jamais à la bonne solution tout seul. Vous avez toujours besoin de gens qui vous permettent d’échanger et qui vous renvoient la balle d’une certaine manière. C’est comme ça que la réflexion des uns et des autres évolue. Jungle Natives a joué ce rôle-là, outre le fait que nous ne sommes absolument pas des professionnels d’esport. Mais, en posant des questions, avec des réponses qui nous étaient amenées, on est arrivés à un niveau supérieur de réflexion. Donc on se dirigeait vers une évidence : s’il devait y avoir un club résident au Stade de France, ce serait un club résident d’esport. Et le fait de Vitality c’est très rapidement imposé.



Quel fut leur impact dans cette opération d’intronisation de Vitality en tant qu’équipe résidente du Stade de France ?


A. B. : Probablement d’avoir compris que nous étions compatibles. Ce que je veux dire, c’est que d’un point de vue strictement rationnel, mettre une marque comme le Stade de France et une marque comme Vitality côte à côte, ça fait du sens rationnellement parlant. Il y a un sujet qui est majeur pour que ça marche, pour qu’une idée rationnelle fonctionne, c’est la communauté de culture : est-ce qu’on est capable de vivre ensemble ? Est-ce qu’on est capable de travailler ensemble ? Est-ce qu’on a les mêmes valeurs ? Non pas qu’il y en ait une de supérieur aux autres mais on a tous des cultures très différentes. Est-ce qu’on est compatible pour vivre ensemble, au-delà de la bonne idée ? On a, dans l’économie classique, tout un tas de mariages entre des entreprises qui se sont terminés par des désastres parce que les cultures des entreprises n’étaient pas compatibles. Donc après, une fois que la bonne idée intellectuelle est posée sur la table, le job de Jungle Natives, ça a été de dire : Est-ce que ces deux oiseaux-là peuvent construire quelque chose et peuvent vivre ensembles ? Et là on est dans l’intuition, et plus dans le rationnel.



Vitality est une des plus grandes organisations françaises à l’heure actuelle. Comment s’est construit la relation entre vos deux entités ?


A. B. : J’ai envie de vous répondre l’évidence. C’est allé très vite. On a passé des étapes extrêmement rapidement. Je parlerai pour ce qu’il s’est passé de mon côté, Fabien témoignera du sien.

J’ai confiance. Pour le dire d’une formule, je ne sais pas où on va absolument sur tout, mais je sais qu’on trouvera un arrangement, je sais qu’on va y arriver. Parce que j’ai confiance.



Fabien « Neo » Devide : C’est un mot que j’ai beaucoup utilisé ce matin mais c’est la bienveillance. Sincèrement, c’est quelqu’un qui comprend la temporalité de l’esport, qu’est-ce que ça représente, qui comprend que c’est un projet qui s’inscrit aussi dans la durée, qui n’a pas peur justement d’agir vite, mais aussi d’avoir une vision de long terme. C’est très très rare aujourd’hui, surtout pour un endroit aussi mythique, je m’attendais, et je l’ai déjà dit à Alexandra, vraiment au Stade de France à une sorte de paquebot, quelque chose qui soit dur à bouger. Et en fait, pas du tout, au contraire. La disponibilité, la relation qu’on a créé en l’espace de quelques mois, je trouve qu’elle est très saine et vertueuse dans le sens où on aurait pu venir avec un projet d’arène. Nous on est venu avec la volonté de créer un centre de performance parce que c’est notre besoin. On a besoin aujourd’hui d’avoir un endroit où on peut avoir de la performance, faire grandir nos talents, nos assets, et le Stade de France, tout de suite, nous a dit pas de soucis. Ils nous ont ouvert les portes, ils nous ont mis à disposition un lieu qui est formidable sur lequel on a eu une totale liberté sur l’aménagement, sur les travaux, sur les prestataires. On se sent vraiment entouré de personnes qui, en l’espace de quelques semaines, quelques mois, on fait l’effort de comprendre nos besoins, l’ADN pur de ce qu’on était. C’est-à-dire qu’on reste avant tout dans un domaine de start-up même si on est plus une PME et qu’on a tendance à grandir très très vite. Mais on a ce savoir-faire d’aller vite et eux aussi. Je pense que, finalement, pour de l’événementiel, et un endroit qui ne fait que de l’événementiel, c’était une évidence qui ne paraissait pas naître de l’extérieur comme ça. Je pense qu’on a une relation aujourd’hui qui est basée à la fois sur la confiance, la bienveillance vis-à-vis de l’écosystème en général et je pense sincèrement qu’on a un superbe outil ainsi qu’un avenir radieux pour justement amener l’esport, de manière générale, dans ces choses-là.



En plus de la construction du centre de performance que vous venez d’annoncer, quels sont les projets que vous souhaiteriez développer avec Vitality dans les prochaines années ?


A. B. : Il y a des projets spots, des mastersclass, on est sur un territoire ici pour lequel l’esport compte considérablement donc il y a probablement tout un tas d’opérations qui peuvent se construire. Sur le fond, sur le modèle économique, sur la récurrence, c’est l’arena.



Avez-vous d’autres considérations stratégiques autour de l’esport à l’heure actuelle ?


A. B. : On apprend en marchant, et nous n’allons rien nous interdire. Donc aujourd’hui, on va grandir ensemble, il y a plein de domaines sur lesquels nous interviendrons mais je ne peux pas vous les donner aujourd’hui. On verra, on va être opportunistes dans le bon sens du terme, et on va essayer de monter un modèle qui soit convergeant pour Vitality et pour le Stade.




Fabien ‘Neo’ Devide – Co-Fondateur et CEO de la Team Vitality

Vitality se développe de plus en plus et offre à présent un centre de performance pour ses joueurs. Comment accueillez-vous cette nouvelle opportunité ?


Fabien « Neo » Devide : On l’accueille à bras ouverts. Sincèrement, je pense qu’on est dans le bon timing par rapport à ça. Les équipes ont déjà commencé à implanter ça. Je pense à Astralis, des équipes éminentes qui ont un modèle déjà accès autour du sport traditionnel. Je pense aujourd’hui qu’il n’y a pas de fainéantise intellectuelle d’aller copier quelque chose qui fonctionne. Vraiment, pour moi, amener le sport au milieu de notre écosystème, c’est essentiel. Et je pense que le centre d’entraînement c’était ce qui nous manquait cruellement. C’est pour cela que quand j’ai eu vent de l’opportunité du Stade de France, c’était très important d’apporter ce centre d’entraînement. Je le vois, j’ai des joueurs qui, après quelques années dans l’esport, ont une prise de poids qui peut être inquiétante, ou des choses comme ça. Ils n’ont pas forcément le temps, avec l’enchaînement des compétitions, de prendre soin d’eux en fait, mais sur plein de facteurs : leur environnement, leur vie familiale, physiquement, etc. Moi, mon travail, c’est que ça devienne de grands champions, c’est qu’aujourd’hui, ils ne soient capables d’avoir comme focus, que la compétition et, le jour J, d’être performants. Là-dedans, on doit avoir des éléments de réponse et ça passe par l’encadrement. Le télétravail ne fonctionne pas par rapport à ça parce qu’on n’a pas de contrôle véritablement sur ce qu’ils font au quotidien, ce suivi sur l’alimentation, la prise de poids, leur stress, la dimension psychique et mentale de tout ça. Pour nous, c’était essentiel d’avoir un lieu matériel où on puisse se rencontrer tous les jours, travailler comme un vrai club de sport, collecter des informations comme des datas, ce qui nous permette de faire progresser nos joueurs mais aussi nous d‘en apprendre plus sur notre sport. Aujourd’hui, on est autodidactes et surdoués sur beaucoup de choses, mais il y a beaucoup de choses qui existent depuis des années dans le sport traditionnel et sur lesquels il faut qu’on s’inspire, qu’on copie. C’est cette envie là qu’on a eu, de créer notre centre d’entraînement dans un premier temps et je pense que le timing est bon. On n’est ni trop en avance, ni trop tard, je pense qu’on est dans une vraie réalité de marché, et des besoins qu’on avait aujourd’hui au sein de Vitality.



Comment s’est déroulé les premières étapes de la relation avec ce nouveau partenaire ?


F. D. : Les premières étapes ont été assez naturelles. On parle beaucoup d’évidence. Quand on a eu vent du fait que le Stade deFrance voulait peut-être avoir un club résident, et en plus dans l’esport, nous, en tant qu’acteur majeur de l’esport en France, c’était une évidence, ça devait être nous. On a ouvert les discussions dans ce sens-là et on a montré notre sérieux, ce qu’on avait envie de voir, notre vision aussi, et sur plein d’aspects, on était raccord avec la volonté du Stade de France. Pour nous, ça a été une relation qui a été facile à gérer, très vertueuse, bienveillante, encore une fois, et au moment où le Stade de France nous a dit vouloir avancer avec nous, on n’a pas hésité une seconde et on a dit oui les yeux fermés. On avait vraiment envie de s’inscrire dans ce projet-là qui va suivre notre taille, notre croissance.



Dans le cadre de votre développement, que va apporter concrètement cette nouvelle relation avec le Stade de France ?


F. D. : Je pense déjà qu’en terme d’image de marque, c’est très premium pour nous, et c’est extrêmement valorisant, aujourd’hui, d’avoir un centre de performance au Stade de France. C’est la maison des équipes de France depuis des années, de la réussite à la française. Quand on pense au Stade de France, on pense à la Coupe du Monde, à des groupes internationaux, à des choses très vertueuses et haut de gamme. D’un point de vue de marque pure, c’est extrêmement valorisant, et ça nous apporte aussi une légitimité importante dans le sens où on est reconnu par un acteur important comme un acteur légitime pour développer un secteur qui va ne faire que croître. Pour nous, ça a beaucoup de valeur et ça va nous permettre beaucoup de croissance, des opportunités ultra-intéressantes. D’un point de vue factuel, c’est génial d’avoir un centre de performance et potentiellement, dans un second temps, une arène, parce qu’on va en avoir besoin et que ça fait partie de notre business model et du futur de Vitality. Et d’un autre point de vue, du storytelling, en termes d’image de marque, de plein de choses, c’est valorisant pour nous et ça contribue à l’expansion et l’ambition de Vitality d’être un leader mondial. Ça va dans la bonne direction.



Comment va s’articuler la cohabitation entre vos futures installations au Boulevard Sébastopol et ce centre de performance ?


F. D. : Ce sont deux verticales totalement opposées. Ce qu’on entreprend à Sébastopol, c’est plus notre « QG », les bureaux, et avoir un lieu qui est autour de l’esport mais plus dans la globalité, qui va essayer de vulgariser, une sorte de flagship de l’esport en France. Ici (NDLR : au Stade de France) on est vraiment sur de la performance, créer et amener des compétitions majeures dans cette enceinte, potentiellement avoir cette arène, former les joueurs. Sébastopol n’a pas vocation à vendre nos assets majeurs. Nos assets majeurs aujourd’hui, ce sont les joueurs, et les joueurs vont être au Stade de France, et ne vont pas être à Sébastopol. Donc c’est deux choses qui sont complètement différentes, on a vraiment notre siège, et l’endroit où on va faire grandir nos talents, où on avoir nos stars entre guillemets, au Stade de France.



A plus long terme, quels sont vos axes de développement pour la marque Vitality ?


F. D. : Les axes de développement, il y en a beaucoup. Je serai incapable de te les citer dans la globalité parce que c’est un secteur qui est très challengeant, et qui remet énormément de choses en question. Il y a beaucoup de choses à faire. Je pense que le projet d’arène va être quelque chose qui va nous occuper, qui va nous plaire, moi j’ai aussi vraiment envie de me battre pour l’éducation. On parle beaucoup de formation mais j’ai envie de créer une sorte de sport-étude à l’image de ce que LDLC est en train d’entreprendre. Je pense que ça c’est les grands axes de développements : l’expérience en gardant la proximité avec nos fans par le biais d’une arène, et aussi d’avoir tout ce volet d’éducation, de formation, pour amener les talents de demain au statut de professionnel.




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Alexandre « SuriPlay » Carlier

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